FOI BAHA'IE

BAHA'U'LLAH, SECOND AVENEMENT DU CHRIST

LA VIE DE BAHA'U'LLAH

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BAHA'U'LLAH: LA GLOIRE DE DIEU

"Ô toi qui attends, ne t'attarde plus, car il est venu. Vois son tabernacle où réside sa gloire. C'est la gloire ancienne dans une nouvelle manifestation." (BAHÁ'U'LLÁH)

Naissance et Premières années

Mírzá Husayn-'Alí, qui adopta plus tard le nom de Bahá'u'lláh [note: Mettre l'accent sur les deuxième et quatrième syllabes, la première syllabe étant presque muette et les deux l prononcés distinctement.] (c'est-à-dire "la Gloire de Dieu"), était le fils aîné d'un vizir ou ministre d'État, Mírzá 'Abbás, originaire de Núr. Sa famille était riche et distinguée, plusieurs de ses membres ayant occupé, en Perse, des postes importants dans le gouvernement, l'armée et l'administration. Il naquit à Tihrán, capitale de l'Irán, entre l'aube et le lever du soleil, le 12 novembre 1817 [2 muharram, 1233 A.H.]. Il ne fréquenta jamais ni école ni collège et le peu d'instruction qu'il reçut lui fut donné chez lui. Cependant, tout enfant déjà, il fit preuve d'une sagesse et d'un savoir extraordinaires. Il était encore tout jeune quand son père mourut, le laissant chef de famille, chargé de ses jeunes frères et soeurs et du soin des grands domaines familiaux.

'Abdu'l-Bahá, le fils aîné de Bahá'u'lláh, raconta à l'auteur de ce livre quelques traits de l'enfance de son père:

Enfant, il était déjà extrêmement bon et généreux. Il aimait la vie en plein air et passait la plus grande partie de son temps dans les jardins et les champs. Il avait un extraordinaire pouvoir d'attraction que tous ressentaient. Les gens se pressaient toujours nombreux autour de lui. Les ministres et les personnalités de la cour l'entouraient et même les enfants lui étaient dévoués. Dès qu'il eut atteint l'âge de treize ou quatorze ans, il devint renommé pour son savoir. Il savait converser sur n'importe quel sujet et résoudre tous les problèmes qui lui étaient soumis. Dans les grandes assemblées, il discutait avec les 'ulamá [Note: docteurs de la loi, théologiens chez les musulmans] et pouvait élucider des points religieux compliqués. Tous l'écoutaient avec le plus grand intérêt.

Bahá'u'lláh était âgé de vingt-deux ans quand son père mourut, et le gouvernement souhaitait le voir succéder à son père dans les fonctions de ministre, ainsi que le voulait la coutume iranienne, mais Bahá'u'lláh déclina cette offre. Alors le Premier ministre dit: "Qu'il garde sa liberté. Cette position est indigne de lui. Il a en vue quelque but plus élevé. Je ne puis le comprendre, mais je suis convaincu qu'il est destiné à quelque haute mission. Ses pensées sont différentes des nôtres. Laissons-le."

Emprisonné comme Bábí

En 1844, quand le Báb déclara sa mission, Bahá'u'lláh, alors dans sa vingt-septième année, épousa hardiment la foi nouvelle et fut bientôt considéré comme l'un de ses promoteurs les plus puissants et les plus intrépides.

Il avait déjà subi deux emprisonnements pour la cause et avait enduré la bastonnade quand, en août 1852, eut lieu un événement lourd des plus terribles conséquences pour les Bábís. Un des disciples du Báb, un jeune homme nommé Sádiq, avait été si affecté par les souffrances infligées à son maître vénéré--souffrances dont il avait été le témoin--qu'il perdit la raison. Voulant venger son maître, il tira un coup de pistolet sur le sháh de Perse. Cependant, son arme n'était chargée que de petits plombs et, bien que quelques grains atteignirent leur but, le mal causé fut sans gravité. Le jeune homme désarçonna le sháh mais il fut aussitôt saisi par les gardes du souverain et mis à mort sur-le-champ.

Toute la communauté bábíe en fut injustement tenue pour responsable et, pour ce seul acte, des massacres terribles furent perpétrés. À Tihrán, quatre-vingts bábís furent mis à mort après avoir été honteusement torturés. D'autres furent arrêtés et jetés en prison; parmi eux se trouvait Bahá'u'lláh. Il écrivit par la suite:

Par la justice de Dieu! Nous n'étions pas mêlé en quoi que ce soit à cet acte odieux, et notre innocence fut indiscutablement prouvée par les tribunaux. Néanmoins, nous fûmes appréhendé. De Níyávarán, qui était alors la résidence de Sa Majesté, nous fûmes conduit en prison à Tihrán. Un brutal cavalier, qui nous accompagnait, arracha notre kuláh. [Note: Sorte de bonnet ou de calotte] tandis qu'une bande de fonctionnaires et de bourreaux nous entraînaient précipitamment et avec rudesse. Pendant quatre mois, nous fûmes enfermé dans un lieu immonde, hors de toute comparaison. Quant au cachot où étaient confinés cet opprimé ainsi que d'autres, opprimés eux aussi, une cellule étroite et sombre eut été préférable. À notre arrivée, on nous fit d'abord traverser un couloir très sombre d'où nous descendîmes trois séries de marches jusqu'au lieu de réclusion qui nous était assigné. L'obscurité la plus complète régnait dans ce cachot, et nos compagnons de captivité, près de cent cinquante hommes, se composaient de voleurs, d'assassins et de bandits de grand chemin. Bien que bondé, ce lieu n'avait pas d'autre issue que le couloir par lequel nous étions entré. La plume est impuissante à décrire cet endroit et aucune parole n'en peut définir la répugnante odeur. La plupart de ces hommes n'avaient ni vêtements ni literie pour s'étendre. Dieu seul sait ce qui nous est arrivé dans ce lieu, le plus nauséabond et le plus lugubre qui soit.

Jour et nuit, dans ce cachot, nous songions aux exploits, à la situation et au comportement des bábís: comment, avec leur grandeur d'âme, leur noblesse et leur intelligence, avaient-ils pu accomplir un tel acte de violence et de témérité sur la personne de Sa Majesté? Alors, cet opprimé décida qu'à sa sortie de prison, il se consacrerait, de toutes ses forces, à régénérer ces âmes.

Une nuit, en rêve, ces paroles exaltantes se firent entendre de tous côtés: "En vérité, Nous te rendrons victorieux par toi-même et par ta plume. Ne t'afflige pas de ce qui t'est arrivé et ne sois pas effrayé, car tu es en sécurité. Avant longtemps, Dieu fera paraître les trésors de la terre--des hommes qui t'aideront par toi-même et par ton nom, par lesquels Dieu a ranimé le coeur de ceux qui L'ont reconnu."
(BAHÁ'U'LLÁH, Épistle to the Sun of the Wolf, pp. 20 à 22.)

Exil à Baghdád

Ce terrible emprisonnement dura quatre mois, mais Bahá'u'lláh et ses compagnons demeurèrent pleins de zèle, d'enthousiasme et de sérénité. Presque chaque jour, un ou plusieurs d'entre eux étaient torturés ou mis à mort et on rappelait aux autres que leur tour pouvait être proche. Lorsque les bourreaux venaient chercher un des leurs, celui qui était désigné dansait littéralement de joie, baisait les mains
de Bahá'u'lláh, embrassait ses coreligionnaires puis, avec une joyeuse ardeur, se hâtait vers le lieu de son martyre.

Il s'avéra--preuves à l'appui--que Bahá'u'lláh n'était en rien mêlé au complot contre le sháh, et le ministre de Russie attesta la pureté de son caractère. En outre, il était si malade qu'on craignit une issue fatale. Si bien qu'au lieu de le condamner à mort, le sháh ordonna son exil dans l'Iráq arabe [note: La province de Baghdád.], en Mésopotamie; aussi, quinze jours plus tard fit-on partir Bahá'u'lláh, accompagné de sa famille et d'un certain nombre d'autres croyants. Tous souffrirent terriblement du froid durant ce long voyage hivernal et ils arrivèrent à Baghdád dans un état de dénuement presque complet.

Dès que sa santé le lui permit, Bahá'u'lláh entreprit d'instruire ceux qui venaient à lui et d'encourager les croyants. Bientôt, la paix et le bonheur régnèrent parmi les bábís. [note: Ces faits se passaient au début de l'année 1853, c'est-à-dire neuf ans après la déclaration du Báb, accomplissant certaines prophéties du Báb concernant l'année 9.] Toutefois, cette période fut de courte durée. Le demi-frère de Bahá'u'lláh, Mírzá Yahyá, connu aussi sous le nom de Subh-i-Azal, arriva à Baghdád et, peu après, des dissensions, secrètement fomentées par lui, commencèrent à s'élever comme jadis entre les disciples du Christ. Ces dissensions qui, plus tard, à Andrinople, devinrent ouvertes et violentes, furent extrêmement pénibles pour Bahá'u'lláh dont le seul but dans la vie était l'avènement de l'unité entre les peuples du monde.

Deux années dans la solitude

Un an environ après son arrivée à Baghdád, il se retira seul dans le désert de Sulaymáníyyih, n'emportant qu'un vêtement de rechange. À propos de cette période, il écrit dans le Kitáb-i-Íqán [Le Livre de la certitude] ce qui suit:

"Dès les premiers jours de notre arrivée ici, nous avions discerné les signes des événements futurs et, avant qu'ils ne se produisent, nous décidâmes de nous retirer dans la solitude. Je demeurai ainsi, seul et abandonné, pendant deux ans dans le désert. Des larmes d'angoisse coulaient de mes yeux, un océan d'afflictions et de peines gonflait mon coeur sanglant; combien de jours ai-je passés sans nourriture pour me soutenir, et combien de nuits où mon corps ne trouva point de repos! Malgré toutes ces calamités et ces afflictions continuelles, par celui qui tient mon âme entre ses mains, je n'ai jamais été plus heureux; j'ai connu le vrai bonheur et la joie parfaite car, dans ma solitude, je n'avais pas le spectacle des malheurs, des soucis, des maladies de chacun. Dans l'isolement, je me recueillais en esprit, oublieux du monde et de tout ce qu'il renferme.

Mais j'ignorais que les mailles de la destinée divine sont plus serrées que nous ne pensons et que les flèches de ses décrets l'emportent sur les desseins humains les plus hardis. Nul ne peut s'affranchir de la volonté de Dieu, et sa seule ressource est de s'y soumettre. Par la justice de Dieu! Lors de mon départ, je n'envisageais pas de revenir. C'était une séparation sans espoir de retour. Je ne désirais qu'une seule chose: ne pas être un objet de discorde pour les croyants, un motif de révolte pour mes compagnons ni une cause de souffrance ou de tristesse pour les âmes et les coeurs. Tel était mon unique désir et je n'avais pas d'autre but. Malgré cela, chacun faisait ses propres plans et poursuivait ses vaines chimères, jusqu'au moment où, de la source mystique, me parvint l'ordre de revenir et, soumis, je revins ici. Ma plume est impuissante à dire ce que je vis alors! Durant deux ans, mes ennemis avaient conjugué tous leurs efforts pour essayer de me faire périr, ainsi que chacun le sait."
(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, p. 120.) Livre de la certitude

Opposition des mullás

Après son retour, sa renommée grandit plus que jamais et les gens affluèrent vers Baghdád pour le voir et entendre ses enseignements. Juifs, chrétiens et zoroastriens aussi bien que musulmans furent attirés par le nouveau message. Cependant, les mullás (théologiens musulmans) adoptèrent une attitude hostile et complotèrent obstinément sa ruine. Un jour, ils envoyèrent un des leurs pour lui poser certaines questions. L'envoyé trouva les réponses de Bahá'u'lláh si convaincantes, et sa sagesse si surprenante--bien que, de toute évidence, non acquise par l'étude--qu'il fut obligé d'avouer que le savoir et l'intelligence de Bahá'u'lláh étaient incomparables. Toutefois, afin de convaincre les mullás qui l'avaient envoyé de la réalité du don de prophétie de Bahá'u'lláh, il lui demanda de produire quelque miracle a titre de preuve.

Bahá'u'lláh se montra disposé à accepter sous certaines conditions. Il déclara qu'il fournirait la preuve désirée; que, sinon, il s'avouerait coupable d'imposture; mais il exigeait que les mullás soient d'accord sur le genre de miracle à produire et qu'ils signent et scellent un document stipulant que, sitôt le miracle accompli, ils reconnaîtraient l'authenticité de sa mission et cesseraient toute opposition. Si le but réel des mullás avait été de rechercher la vérité, certes ils auraient saisi cette occasion. Mais leur intention était tout autre; ils redoutaient d'apprendre la vérité; aussi se dérobèrent-ils à cet audacieux défi.

Leur défaite, toutefois, ne fit que les inciter à fomenter de nouveaux complots pour saper le mouvement à la base. Le consul général de Perse à Baghdád les y aida; il envoya plusieurs messages simultanés au sháh afin de dénoncer Bahá'u'lláh comme nuisant plus que jamais à la religion musulmane et l'accusa encore d'exercer une influence néfaste sur l'Irán; il insista pour qu'il fût exilé plus loin.

Alors que les mullás musulmans, les persans et le gouvernement turc coalisaient leurs efforts pour déraciner le mouvement, Bahá'u'lláh, d'une façon qui le caractérise bien, ne se départit jamais, durant cette épreuve, de son attitude calme et sereine, encourageant et inspirant ses disciples, écrivant d'impérissables paroles de consolation et de guidance. 'Abdu'l-Bahá raconte dans quelles conditions "Les Paroles cachées" furent écrites en cette période. Bahá'u'lláh se promenait souvent le long des rives du Tigre. Il en revenait rayonnant de bonheur et écrivait alors ces joyaux poétiques, ces sages préceptes qui ont apporté aide et guérison à des milliers de coeurs souffrants et troublés. Des années durant, seules existèrent quelques rares copies manuscrites des Paroles cachées, et on les dissimulait avec soin de crainte de les voir tomber entre les mains des ennemis qui veillaient. Mais maintenant, de toutes les oeuvres de Bahá'u'lláh, ce petit volume est probablement le plus connu; il est lu dans toutes les parties du monde. Le Kitáb-i-Íqán est une autre des oeuvres les plus répandues de Bahá'u'lláh, écrite à peu près à la même époque, vers la fin de son séjour à Baghdád. (A.D.1862-1863.)

Déclaration du Ridván près de Baghdád

[Note : Ridván se prononce "Rezvan" en persan]

Après maintes négociations, un ordre du gouvernement turc enjoignit à Bahá'u'lláh de se rendre à Constantinople, à la requête du gouvernement iranien. En apprenant cette nouvelle, les disciples furent plongés dans la consternation. Ils se rendirent en masse à la maison de leur chef vénéré, à tel point que, pendant douze jours, la famille alla camper hors de la ville, dans le jardin de Najíb Páshá, tandis qu'on préparait la caravane pour le long voyage.

Ce fut exactement dix-neuf ans après la déclaration du Báb, le premier de ces douze jours (21 avril au 2 mai 1863) que Bahá'u'lláh confia la bonne nouvelle à plusieurs de ses disciples: il leur annonça qu'il était celui dont la venue avait été prédite par le Báb, le Promis de tous les prophètes, l'élu de Dieu. Le jardin où eut lieu cette mémorable déclaration est bien connu des bahá'ís sous le nom de jardin du Ridván. Les douze jours que Bahá'u'lláh y passa sont commémorés chaque année par la fête du Ridván qui a lieu à la date anniversaire. Pendant ce séjour, Bahá'u'lláh, loin d'être triste et déprimé, montrait la plus grande joie, la plus grande majesté et la plus grande puissance. Ses disciples étaient heureux et enthousiastes et de grandes foules accouraient pour lui témoigner leur vénération. Tous les notables de Baghdád et même le gouverneur vinrent rendre hommage au prisonnier qui s'en allait.

Constantinople et Andrinople

Le voyage pour Constantinople dura trois à quatre mois, pendant lesquels Bahá'u'lláh, les membres de sa famille et ses vingt-six disciples eurent énormément à souffrir des intempéries. Arrivés à destination, ils furent emprisonnés dans une petite maison où ils se trouvèrent terriblement entassés. Plus tard, on leur accorda un logement moins exigu, mais au bout de quatre mois, ils furent de nouveau déplacés, cette fois vers Andrinople. Ce voyage, bien qu'il ne durât que quelques jours, fut le plus terrible qu'ils eussent jamais entrepris. La neige tombait en abondance presque constamment et, comme ils manquaient de vêtements chauds et de nourriture, leurs souffrances furent extrêmes.

Pendant tout ce premier hiver à Andrinople, Bahá'u'lláh et les douze personnes de sa famille vécurent dans une petite maison de trois pièces, dépourvue de confort et infestée de vermine. Au printemps, on leur donna un abri moins précaire. Ils demeurèrent à Andrinople plus de quatre ans et demi. Dans cette ville, Bahá'u'lláh se remit à enseigner, groupant autour de lui un vaste auditoire. Il y annonça publiquement sa mission et fut reconnu avec enthousiasme par la majorité des bábís qui furent, dès lors, désignés sous le nom de bahá'ís.

Toutefois, sous la conduite du demi-frère de Bahá'u'lláh, Mírzá Yahyá une minorité se retourna violemment contre lui et se joignit à ses anciens ennemis, les shí'ihs, pour comploter sa chute. De grands troubles s'ensuivirent et, à la fin, le gouvernement turc bannit d'Andrinople bábís et bahá'ís, exilant Bahá'u'lláh et ses disciples à 'Akká, en Palestine, où ils parvinrent--d'après Nabíl [note: Auteur d'une histoire sur les débuts de la foi, "The Dawn Breakers", Nabíl participa à quelques scènes décrites dans cet ouvrage, et il fut en relation étroite avec bon nombre des premiers croyants] - le 31 août 1868, tandis que Mirzá Yahyá et sa suite étaient expédiés à Chypre.

Lettres aux rois

C'est à cette époque que Bahá'u'lláh écrivit ses fameuses lettres au sultán de Turquie, aux principaux souverains d'Europe, au pape et au sháh d'Irán. Plus tard, dans son Kitáb-i-Aqdas [note: L'Aqdas, Kitáb-i-Aqdas, le plus saint Livre, le Livre de l'Aqdas, font tous référence au même livre], il s'adressa à d'autres souverains, aux chefs d'État et au président des États-Unis d'Amérique, aux chefs religieux en général et à l'humanité tout entière, leur annonçant sa mission et les adjurant de déployer tous leurs efforts en vue de l'établissement de la vraie religion, d'un gouvernement équitable et de la paix internationale. Dans sa lettre au sháh, il plaidait éloquemment la cause des bábís opprimés et demandait à être confronté avec les instigateurs de la persécution. Inutile de dire que cette requête fut vaine. Badí, le jeune et dévoué bahá'í qui porta la lettre de Bahá'u'lláh, fut arrêté et martyrisé cruellement au moyen de briques brûlantes appliquées sur la chair.

Cette même lettre de Bahá'u'lláh fournit un très émouvant compte-rendu de ses souffrances et de ses aspirations:

Ô Souverain! J'ai vu, dans le chemin de Dieu, ce que nul oeil n'a vu, ce que nulle oreille n'a entendu. Les amis m'ont désavoué. Pour moi, les chemins sont fermés; le puits de la sécurité est desséché; la plaine du repos est jaunie. Que de souffrances se sont abattues sur moi et, bientôt, m'atteindront encore! J'avance vers le Puissant, le Généreux tandis que, derrière moi, rampe le serpent. J'ai tant versé de larmes que mes pleurs ont transpercé mon lit. Mais ce n'est pas sur moi que je m'attriste. Par Dieu! Ma tête désire ardemment la lance pour l'amour de son Dieu. Je ne suis jamais passé près d'un arbre sans que mon coeur ne lui dise: "Oh, puisses-tu être abattu en mon nom pour que mon corps soit crucifié sur toi dans le chemin de mon Seigneur!" Oui, car je vois l'humanité égarée dans son ivresse et elle ne le sait pas! Les hommes ont exalté leurs passions et repoussé leur Dieu, comme s'ils prenaient son commandement pour une dérision, un jeu, un divertissement! Et ils croient bien agir et se réfugient dans une citadelle imprenable! Grande est leur erreur: demain ils verront ce qu'ils nient aujourd'hui!

Nous sommes sur le point de quitter ce lointain lieu de bannissement (Andrinople) pour la prison de 'Akká. On dit que c'est certainement la ville du monde la plus désolée, celle qui offre l'aspect le plus désagréable, le climat le plus détestable et l'eau la plus malsaine qui soient. Il semble que ce soit la capitale des hiboux, car on n'y perçoit que leurs hululements. Et c'est là qu'ils veulent emprisonner ce serviteur, fermer sur notre visage les portes de la douceur, nous privant, pendant les jours qu'il nous reste à vivre, des bonnes choses de la vie!

Par Dieu! Dussent la fatigue m'abattre, la faim m'épuiser, la roche nue me servir de lit et les bêtes des champs me tenir lieu de compagnons, je ne me plaindrai pas; je le supporterai patiemment, comme d'autres, par le pouvoir de Dieu, l'éternel Souverain, le Créateur des nations, l'ont supporté et, en toutes circonstances, je rendrai grâce à Dieu. Et j'espère que, par sa faveur, qu'Il soit exalté! cette détention servira à libérer les hommes des chaînes et des fers et leur permettra de se tourner avec sincérité vers le visage de celui qui est le Puissant, le Généreux. En vérité, Il répond à celui qui l'invoque et Il est près de celui qui l'appelle. Et je Lui demande de faire de cette noire calamité un bouclier protégeant ses fidèles contre les épées acérées et les lances coupantes. Au travers des afflictions, éternellement, sa lumière a brillé et sa louange fut glorieuse. Telle fut sa méthode dans les temps anciens et les cycles passés.
(La Proclamation de Bahá'u'lláh, pp. 55 et 56.) La proclamation de Bahá'u'lláh

Emprisonnement à 'Akká

À cette époque, 'Akká était une forteresse où l'on enfermait les pires criminels envoyés de toutes les parties de l'Empire turc. En y arrivant, après un pénible voyage par mer, Bahá'u'lláh et ses disciples, environ quatre-vingts personnes, hommes, femmes et enfants, furent emprisonnés dans des casernes. L'endroit était malpropre et lugubre à l'extrême. Ni lits, ni commodités d'aucune sorte. La nourriture y était mauvaise et insuffisante si bien que, au bout de quelque temps, les prisonniers implorèrent la permission d'acheter eux-mêmes leur nourriture. Les premiers jours, les enfants pleuraient sans discontinuer, rendant tout sommeil impossible. La malaria, la dysenterie et d'autres maladies se déclarèrent; tous furent contaminés, sauf deux personnes. Trois malades succombèrent et les souffrances des survivants furent indescriptibles [note: Afin qu'on pût enterrer deux des morts, Bahá'u'lláh donna à vendre sa propre couverture pour payer les funérailles, mais au lieu d'employer l'argent à cet effet, les soldats se l'approprièrent et jetèrent les corps dans une fosse. D'après 'Abdu'l-Husayn Avárih Taftí.].

Cet emprisonnement rigoureux dura deux années pendant lesquelles aucun bahá'í ne put franchir les portes de la prison, sauf les quatre hommes sévèrement escortés qui allaient chaque jour acheter la nourriture.

De plus, les visiteurs étaient rigoureusement exclus. Plusieurs bahá'ís d'Irán firent toute la route à pied pour voir leur chef vénéré, mais ils se virent refuser l'entrée de l'enceinte de la ville. Ils allaient alors à un endroit de la plaine, au-delà du troisième fossé, d'où ils pouvaient voir les fenêtres de Bahá'u'lláh. Par l'une d'elles, il apparaissait; après l'avoir contemplé de loin, versant bien des larmes, les fidèles s'en retournaient à leur foyer, enflammés d'un nouveau zèle, prêts à se sacrifier pour sa cause et pour la servir.

Les sévérités se relâchent

Enfin l'emprisonnement fut adouci. Les troupes turques ayant été mobilisées, il fallut rendre les casernes aux soldats. Bahá'u'lláh et sa famille furent transférés dans une maison et ses disciples s'installèrent dans un caravansérail de la ville. Bahá'u'lláh resta encore sept années confiné en cette demeure. Dans une petite pièce près de celle où il était emprisonné, treize membres de sa famille, féminins et masculins, devaient s'accommoder comme ils le pouvaient.

Au début de leur séjour, ils souffrirent énormément de l'insuffisance de nourriture, du manque d'espace, de l'absence des commodités les plus élémentaires. Toutefois, par la suite, on leur accorda quelques chambres supplémentaires; ils purent alors goûter un bien-être relatif. Dès le jour où Bahá'u'lláh et ses compagnons quittèrent les casernes, ils eurent la possibilité de recevoir des visiteurs et, graduellement, les sévères restrictions imposées par les fonctionnaires du gouvernement impérial turc se relâchèrent, sans cesser toutefois d'être appliquées rigoureusement de temps à autre.

Les portes de la prison s'ouvrent

Même dans les moments les plus sombres de leur captivité, les bahá'ís ne perdirent jamais courage; leur confiance sereine ne fut jamais ébranlée. Pendant qu'il était dans les casernes de 'Akká, Bahá'u'lláh écrivait à des amis: Ne craignez point. Ces portes s'ouvriront. Ma tente sera plantée un jour sur le mont Carmel et nous connaîtrons la plus grande joie. Cette déclaration fut une source de consolation pour ses disciples et elle se réalisa littéralement en son temps. 'Abdu'l-Bahá a raconté comment les portes de la prison s'ouvrirent. Nous ne saurions mieux faire que de citer son admirable récit, traduit du persan [En anglais] par son petit-fils, Shoghi Effendi:

Bahá'u'lláh aimait la beauté et la verdure des campagnes. Un jour, il fit cette remarque: "Je n'ai vu aucune verdure depuis neuf ans. La campagne est le monde de l'âme, la ville est le monde des corps." Quand ce propos me fut rapporté, je compris à quel point il avait la nostalgie de la nature et je fus convaincu de réussir par mes efforts à satisfaire son désir. Il y avait alors à 'Akká un homme appelé Muhammad Páshá Safwat qui nous était extrêmement hostile. Il possédait un palais appelé "Mazra'ih", situé à environ sept kilomètres au nord de la ville, dans un site ravissant tout entouré de jardins où coulait un ruisseau. J'allai trouver le propriétaire chez lui. Je lui dis: "Páshá, votre palais est vide et vous vivez à 'Akká." Il répondit: "Je suis infirme et ne puis quitter la ville. Si je vais là-bas, en ce lieu solitaire, je me sens loin de mes amis." Je dis: "Puisque vous ne vivez pas là-bas et que la maison est vide, laissez-nous y aller." Il fut stupéfait de la proposition mais ne tarda pas à l'accepter. J'eus la maison pour un loyer très minime, environ cinq livres par an; je lui payai cinq années et fis un bail. J'envoyai des ouvriers réparer la maison, mettre le jardin en état et j'y fis installer des bains. Je fis aussi préparer une voiture pour la Beauté bénie [Jamál-i-Mubárak (la Beauté bénie) était un titre souvent donné à Bahá'u'lláh par ses disciples et ses amis]. Un jour, je résolus d'aller visiter l'endroit moi-même.

En dépit des firmans [Édits, décrets] répétés nous interdisant de passer la limite des murs de la ville, je sortis de la cité. Des gendarmes veillaient, mais ils n'élevèrent aucune objection et je me dirigeai directement vers le palais. Le jour suivant, je m'y rendis de nouveau, accompagné de quelques amis et personnalités de la ville et je ne fus ni arrêté ni molesté, bien que des gardes et des sentinelles veillassent de chaque côté des portes. Une autre fois, je préparai un banquet, fis mettre la table sous les pins de Bahjí et je réunis les notables et les fonctionnaires de la ville. Le soir, nous retournâmes tous ensemble à 'Akká.

Un jour, je me rendis en la sainte présence de la Beauté bénie et je lui dis: "La villa de Mazra'ih est prête pour vous recevoir et une voiture attend pour vous y conduire." (En ce temps-là, il n'y avait de voiture ni à 'Akká ni à Haïfa.) Il refusa, disant: "Je suis prisonnier." Quelque temps après, je renouvelai ma requête, mais sans plus de succès. Je m'enhardis jusqu'à en parler une troisième fois, mais la réponse fut encore "non" et je n'osai pas insister davantage. Cependant, il y avait à 'Akká un certain shaykh musulman, homme bien connu et très influent qui vénérait Bahá'u'lláh et avait su gagner sa confiance. J'appelai ce shaykh et lui expliquai la situation. Je lui dis: "Vous êtes hardi; allez ce soir en la sainte présence, mettez-vous à genoux devant elle, prenez- lui les mains et n'abandonnez pas avant d'avoir obtenu sa promesse de quitter la ville." Il était arabe [C'est-à-dire persévérant, tenace, courageux. (Note du comité de traduction.)]!... Il se rendit à l'instant auprès de Bahá'u'lláh, s'assit tout près de lui, s'empara des mains de la Beauté bénie, les baisa et demanda: "Pourquoi ne quittez-vous pas la ville?" Bahá'u'lláh dit: "Je suis prisonnier." Le shaykh répliqua: "Dieu vous en garde! Qui a le pouvoir de faire de vous un prisonnier? Vous vous emprisonnez vous-même. C'est par votre volonté seule que vous avez été emprisonné et maintenant je vous supplie de partir d'ici pour vous rendre à ce manoir. Il est agréable et entouré de verdure. Les arbres y sont splendides et les oranges y ressemblent à des boules de feu." Aussi longtemps que la Beauté bénie répéta: "Je suis un prisonnier, cela est impossible", le shaykh prit ses mains et les embrassa. Il plaida une heure durant. À la fin, Bahá'u'lláh dit: "Khaylí Khub!" (très bien) et la patience et la persévérance du shaykh se trouvèrent récompensées. Il vint me trouver tout joyeux et m'annonça la bonne nouvelle du consentement de Sa Sainteté.

En dépit du sévère firman de 'Abdu'l-'Azíz qui m'interdisait toute rencontre et communication avec la Perfection bénie, je pris la voiture le lendemain et conduisis Bahá'u'lláh au manoir. Personne n'y fit objection. Je l'y laissai et revins à la ville.

Il demeura deux années en ce lieu charmant. Ensuite, nous décidâmes de partir pour Bahjí. Une épidémie s'étant déclarée à Bahjí, le propriétaire d'une certaine maison, sur le point de s'enfuir avec sa famille, avait décidé de confier sa maison gratuitement à qui en ferait la demande. Nous la louâmes pour un loyer très minime et là, les portes de la majesté et de la vraie souveraineté s'ouvrirent toutes grandes.

Bahá'u'lláh était théoriquement prisonnier (car les implacables firmans du sultán 'Abdu'l-'Azíz ne furent jamais abrogés) mais en réalité il déployait tant de noblesse et de dignité dans sa vie et son comportement qu'il était vénéré par tous, et ceux qui régnaient sur la Palestine enviaient son influence et sa puissance. Les gouverneurs et les mutasarrifs, fonctionnaires généraux et locaux, sollicitaient humblement l'honneur d'être admis en sa présence, requête qui leur était rarement accordée.

À une certaine occasion, le gouverneur de la ville implora cette faveur, s'appuyant sur le fait que les autorités suprêmes lui avaient commandé d'aller, en compagnie d'un général, rendre visite à la Perfection bénie. La demande ayant été acceptée, le général, un Européen, homme de forte corpulence, fut tellement impressionné par la majestueuse présence de Bahá'u'lláh qu'il resta agenouillé sur le sol, près de la porte. La déférence des deux visiteurs était telle qu'il fallut des invitations réitérées de Bahá'u'lláh pour les décider à fumer le narguilé qui leur était offert. Même alors, ils ne firent que l'effleurer de leurs lèvres et, le posant à côté d'eux, ils se croisèrent les bras et se tinrent dans une attitude de respect et d'humilité telle que tous ceux qui étaient présents en furent étonnés.

L'affectueuse vénération des amis, la considération et la déférence témoignées par les hauts fonctionnaires et les notables à son égard, le flot de pèlerins et de chercheurs de vérité, l'esprit de dévotion et de service qui se manifestait dans son entourage, le comportement majestueux et royal de la Perfection bénie, l'efficacité de ses préceptes, le nombre de ses disciples dévoués, tout cela portait témoignage du fait que Bahá'u'lláh était, non un prisonnier, mais en réalité le roi des rois. Quoique confiné dans les prisons qui appartenaient à deux souverains despotiques, puissants autocrates ligués contre sa personne, il s'adressait à eux en termes sévères, comme un roi s'adresserait à ses sujets. Par la suite, en dépit des rigoureux firmans, il vécut à Bahjí comme un prince. Il disait souvent: "En vérité, la plus misérable prison a été changée en paradis terrestre."

Certes, rien de pareil n'a pu être observé depuis la création du monde.

La vie à Bahjí

Ayant, dans ses précédentes années de malheur, montré comment on peut glorifier Dieu dans la pauvreté et l'ignominie, Bahá'u'lláh, dans ses dernières années à Bahjí, montra comment on peut glorifier Dieu au sein des honneurs et de l'abondance.

Les offrandes de centaines de milliers de disciples dévoués mirent à sa disposition des sommes importantes qu'il fut appelé à administrer. Bien que sa vie à Bahjí ait été décrite comme vraiment royale, au sens le plus élevé du terme, toutefois il ne faut pas s'imaginer qu'elle l'était par la splendeur matérielle et l'extravagance. La Perfection bénie et sa famille vivaient d'une façon très simple, très modeste, et toutes les dépenses destinées à satisfaire un luxe égoïste étaient exclues de la maison. Près de son habitation, les croyants aménagèrent un très beau jardin, appelé Ridván (paradis), dans lequel il passait souvent plusieurs journées consécutives et même des semaines, dormant la nuit dans un modeste pavillon construit dans le jardin. Quelquefois, il s'aventurait dans la campagne.

Il visita plusieurs fois 'Akká et Haïfa et, à plusieurs reprises, sa tente fut plantée sur le mont Carmel, comme il l'avait prédit pendant son emprisonnement à 'Akká. Bahá'u'lláh passait la plus grande partie de son temps à prier et à méditer, à écrire ses livres sacrés et ses tablettes inspirées, à faire l'éducation spirituelle de ses disciples. Afin qu'il eût tout loisir de se consacrer à cette oeuvre, 'Abdu'l-Bahá se chargea des autres occupations, recevant même les mullás, les poètes, les membres du gouvernement. Tous étaient enchantés de ces entretiens et parfaitement satisfaits de ses explications et, sans voir Bahá'u'lláh en personne, ils devenaient ses amis, car 'Abdu'l-Bahá savait, par son attitude et ses paroles, leur faire comprendre le rang de son père.

Un orientaliste distingué, le professeur Edouard G. Browne de l'université de Cambridge, alla voir Bahá'u'lláh à Bahjí en 1890, et il nota ses impressions comme suit:

Mon guide s'arrêta un moment pendant que j'enlevais mes chaussures. Puis, d'un mouvement rapide de la main, il tira la tenture et la referma aussitôt derrière moi. Je me trouvai alors dans une vaste salle au fond de laquelle il y avait un divan bas, tandis qu'en face de la porte étaient placées deux ou trois chaises. Bien que sachant vaguement où j'allais et qui j'allais voir--aucune précision ne m'avait été fournie--il me fallut une ou deux secondes avant que, le coeur battant de surprise et de crainte respectueuse, je réalise que la chambre n'était pas vide. Dans le coin où le divan touchait le mur se tenait un merveilleux et vénérable personnage, couronné d'une coiffure de feutre que les derviches appellent taj (d'une hauteur et d'une forme particulières), à la base de laquelle s'enroulait un mince turban blanc. Le visage de celui que je contemplai, je ne saurais l'oublier et pourtant je ne puis le décrire. Ses yeux perçants semblaient pénétrer jusqu'au tréfonds de l'âme; de larges sourcils soulignaient la puissance et l'autorité, tandis que les rides profondes du front et du visage semblaient indiquer un âge que la chevelure noire comme le jais et la barbe, d'une luxuriance étonnante atteignant presque la taille, semblaient démentir. Il eut été superflu de demander en la présence de qui je me trouvais; je me prosternai devant celui qui fait l'objet d'une vénération et d'un amour que les rois lui envieraient et auxquels les empereurs aspireraient en vain!

Une voix douce, pleine de courtoisie et de dignité, me pria de m'asseoir et continua: "Loué soit Dieu de ce que tu sois parvenu au but. Tu es venu voir un prisonnier et un exilé... Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur des nations; cependant, on nous suspecte d'être un élément de désordre et de sédition, digne de la captivité et du bannissement... Que toutes les nations deviennent une dans la foi et que tous les hommes soient des frères; que les liens d'affection et d'unité entre les enfants des hommes soient fortifiés; que la diversité des religions cesse et que les différences de races soient annulées, quel mal y a-t-il en cela? Cela sera, malgré tout; ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront et la "paix suprême" viendra... N'avez-vous pas besoin de cela en Europe aussi? N'est-ce pas cela que le Christ a prédit?... Cependant, nous voyons les souverains et les chefs d'État gaspiller plus volontiers leurs trésors en moyens de destruction de la race humaine qu'en ce qui conduirait l'humanité au bonheur... Ces luttes, ces massacres, ces discordes doivent cesser et tous les hommes doivent former une seule famille... Que l'homme ne se glorifie pas d'aimer son pays, mais plutôt d'aimer le genre humain."

Telles sont, pour autant que je m'en souvienne, quelques-unes des paroles que j'entendis prononcer par Bahá'u'lláh. Que ceux qui les lisent se demandent sincèrement si un être qui professe de telles doctrines mérite la mort et les chaînes, si le monde doit gagner ou perdre à leur diffusion.
(Episode of the Báb, dans Introduction to A Traveller's Narrative p. XXXIX-XL.)

Ascension

Bahá'u'lláh passa ainsi, simplement et paisiblement, le soir de sa vie terrestre jusqu'à ce que, après une attaque de fièvre, il s'éteignît, le 29 mai 1892, à l'âge de soixante-quinze ans. Parmi les dernières Tablettes révélées se trouvait son testament écrit de sa propre main. Neuf jours après sa mort, son fils en brisa les sceaux en présence des membres de la famille et de quelques amis, et le contenu de ce bref mais remarquable document fut divulgué. Ce testament désignait 'Abdu'l-Bahá comme le représentant et l'interprète des enseignements de son père et enjoignait à la famille et à la parenté de Bahá'u'lláh, ainsi qu'à tous les croyants, de se tourner vers lui et de lui obéir. Cette décision obviait à tout sectarisme éventuel, à toute division et assurait l'unité de la cause.

Le don de prophétie de Bahá'u'lláh

Il est important d'avoir une idée claire du caractère de la mission prophétique de Bahá'u'lláh. Ses paroles, comme celles des autres manifestations divines, peuvent se classer en deux catégories: parfois, il parle ou écrit simplement comme un homme chargé par Dieu d'un message pour ses semblables; parfois, ses paroles semblent être proférées directement par Dieu Lui-même.

Bahá'u'lláh écrit dans l'Íqán:

Dans les pages précédentes, nous avons vu qu'il existe deux états différents pour chacun des soleils qui surgissent des divins horizons: l'un de ces états est celui de l'unité essentielle qui a déjà été expliquée. "Nous n'avons de préférence pour aucun d'entre eux." (Qur'án, II: 136.) Le Coran

L'autre a trait, au contraire, à leur particularité. Dans ce second cas, ce qui distingue les prophètes est relatif au monde de la création et aux limitations qui s'y rattachent. Chaque Manifestation possède une individualité propre, une mission spéciale, une révélation prédestinée et des limites spécifiquement définies. Chacune porte un nom différent, se caractérise par un attribut spécial, accomplit une mission déterminée; une révélation particulière lui est confiée.

Comme il a été dit: "Nous avons élevé certains prophètes au-dessus des autres. Il en est à qui Dieu a parlé, et Dieu a élevé plusieurs d'entre eux à des degrés supérieurs. Nous avons donné à Jésus, fils de Marie, des preuves évidentes. Nous l'avons fortifié par l'Esprit de sainteté." (Qur'án, II: 253.)

Ainsi envisagés, à partir du point de vue de leur unité et de leur sublime détachement, les attributs de Dieu - divinité et unité suprême - ont toujours été et sont toujours applicables à toutes ces essences de vie puisqu'elles siègent sur le trône de la révélation divine et que toutes se tiennent sur les hauteurs du divin mystère. C'est-à-dire que la révélation de Dieu se manifeste dans leur personne, que sa beauté se révèle dans leur comportement. Et c'est ainsi qu'on entend le langage de Dieu Lui-même, à travers les paroles des manifestations de l'être divin.

Envisagées au point de vue de leur particularité, de ce qui les distingue, de leurs limitations temporelles, de leurs caractéristiques et de leur état, les manifestations font preuve d'un dévouement, d'une abnégation, d'un renoncement sans pareils. Ainsi que le dit Muhammad: "Je ne suis qu'un mortel semblable à vous..." (Qur'án, XVIII: 110)

Si l'une des manifestations universelles dit: "Je suis Dieu", c'est vrai; car il a été démontré plusieurs fois que par leur révélation, leurs noms et leurs attributs, la révélation de Dieu, ses noms et ses attributs deviennent manifestes sur terre... Ainsi il est dit: "Tu ne lançais pas toi-même les traits quand tu les lançais, mais Dieu les lançait pour éprouver les croyants au moyen d'une belle épreuve venue de Lui." (Qur'án, VIII: 17.)

Et aussi: "Ceux qui prêtent un serment d'allégeance ne font que prêter serment à Dieu. La main de Dieu est posée sur leurs mains." (Qur'án, XLVIII: 10.)

Et si la Manifestation dit: "Je suis le messager de Dieu", c'est également juste et hors de doute. De même, si elle dit: "Muhammad n'est le père d'aucun homme parmi vous, mais il est le prophète de Dieu." (Qu'rán, XXXIII: 40.) Et toutes ces manifestations viennent de la présence du Roi de Réalité et de l'Identité éternelle.

Quand bien même chacune dirait: "Je suis le sceau des prophètes", cela est également incontestable, car elles n'ont toutes qu'une identité, une âme, un esprit, une existence, une révélation, et elles sont toutes l'apparition de l'Origine et de la Fin, de l'Alpha et de l'Oméga, du Visible et de l'Invisible, de l'Esprit de tous les esprits et de l'Essence des essences éternelles. Si elles disaient: "Nous sommes serviteurs de Dieu", cela aussi est manifeste et indiscutable, car leur mission s'est accomplie dans un état d'effacement complet, une servitude telle qu'aucun être humain ne peut l'atteindre.

Ainsi, au moment où ces essences de vie étaient profondément immergées dans l'océan de l'ancienne et immortelle sainteté, ou encore lorsqu'elles planaient dans les sphères les plus hautes des mystères divins, elles proclamaient que leurs paroles étaient la voix de la Divinité, l'appel de Dieu Lui-même.

Si l'oeil de notre discernement est grand ouvert, il nous apparaît que, dans cette situation, elles se considèrent elles-mêmes comme entièrement effacées et non existantes devant celui qui règne par-dessus tout, l'Incorruptible. Il me semble que, en cette céleste cour, elles se considèrent comme tout à fait insignifiantes et estimeraient comme un blasphème le fait de se mentionner elles-mêmes. Car la moindre mention de soi-même en ce lieu céleste serait une affirmation de son existence indépendante. Et pour ceux qui ont atteint cette céleste cour, rien que cette idée est un péché grave. De quelle gravité serait alors la condition d'un autre placé dans ce cas? Quelle serait la situation des hommes dont les discours, le coeur, l'âme, l'esprit s'attachent à n'importe qui sauf au Bien-Aimé, ceux dont les yeux voient d'autres beautés que la sienne, dont les oreilles se tendent vers d'autres chants que la mélodie de sa voix, dont les pieds se posent partout sauf dans son chemin?

En ce jour soufflent les brises de Dieu et son Esprit pénètre toutes choses. Et le flot de sa grâce est si abondant que la plume s'arrête et que la langue se tait.

Étant donné le rang qu'ils occupent, les prophètes affirment qu'ils sont la voix de Dieu et, en vertu de leur condition de messager, ils se déclarent les envoyés de Dieu. Dans chaque cas, ils ont prononcé des paroles appropriées aux besoins du moment, et ils se sont attribué toutes ces déclarations descendues du monde de la révélation divine à celui de la création, du royaume divin à celui de l'existence terrestre. De sorte que, quoi qu'ils disent, que cela appartienne au royaume divin, aux domaines de l'autorité, de la prophétie, de l'annonciation, du Gardiennat, de l'apostolat ou de la servitude, tout est vrai sans l'ombre d'un doute.

Par conséquent, examinez attentivement l'exposé que nous avons fait pour corroborer notre raisonnement, afin que disparaissent le trouble de votre âme et la perplexité de votre esprit au sujet des différents termes employés par les manifestations de l'Invisible et de la Source de sainteté.
(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, pp. 85 à 87.) Livre de la certitude

Quand Bahá'u'lláh parle en tant qu'homme, ce qu'il revendique pour lui-même est un état de totale humilité, d'annihilation complète en Dieu. Ce qui distingue la Manifestation des autres hommes dans sa personnalité humaine, c'est son abnégation absolue ainsi que la perfection de ses pouvoirs. En toutes circonstances, la Manifestation peut dire, comme Jésus le disait au jardin de Gethsemani: Toutefois, que ta volonté soit faite et non la mienne. C'est ainsi que, dans son épître au sháh, Bahá'u'lláh dit:

"Ô Souverain! Je n'étais qu'un homme comme tant d'autres, endormi sur mon lit, lorsque le souffle du Très-Glorieux passa sur moi et m'enseigna la science de ce qui fut. Cela ne vient pas de moi mais de celui qui est tout-puissant et omniscient. Il m'ordonna d'élever la voix entre la terre et les cieux et, pour cela, il m'est advenu ce qui a fait couler les larmes de tout homme de discernement. Je n'ai pas étudié les sciences couramment répandues ici-bas et n'ai fréquenté aucune école... Je ne suis qu'une feuille que remuent les brises de la volonté de ton Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Glorifié. Peut-elle rester immobile lorsque souffle la tempête déchaînée? Non, par le Seigneur des noms et attributs! Le vent la déplace à son gré. L'éphémère n'est rien en face de celui qui est l'Éternel! Son commandement irrésistible me parvint, m'ordonnant de Le célébrer parmi les peuples. En vérité, j'étais comme mort quand cet ordre me fut donné. La main de la volonté de ton Seigneur, le Compatissant, le Miséricordieux, me transforma. Quelqu'un pourrait-il, de lui-même, dire ce que les hommes de toutes conditions contesteront? Certes non, par celui qui dévoila les mystères éternels à la plume divine, sinon celui qui est fortifié par la grâce de Dieu, le Tout-Puissant, l'Omnipotent."
(Tablette au roi de Perse, dans La Proclamation de Bahá'u'lláh, p. 53.) La proclamation de Bahá'u'lláh

De même que Jésus lavait les pieds de ses disciples, Bahá'u'lláh préparait les repas de ses adeptes et leur rendait d'humbles services. Il se faisait une gloire de servir. Il était plus humble que ses serviteurs, satisfait de dormir, au besoin, sur le sol, de se nourrir de pain et d'eau, ou même parfois de ce qu'il appelait la divine nourriture qui est la faim ! On reconnaissait sa parfaite humilité dans son profond respect de la nature, de l'être humain et surtout des saints, des prophètes et des martyrs. Pour lui, toutes choses, les plus humbles comme les plus élevées, parlaient de Dieu.

Sa personnalité humaine avait été élue par Dieu pour devenir le porte-parole divin de la plume divine. Ce n'est pas de son propre chef qu'il assuma cette position hérissée de difficultés et de tribulations sans précédent.

De même que Jésus a dit: "Mon père, s'il se peut, éloignez de moi ce calice", Bahá'u'lláh dit: "Nous n'aurions pas fait de notre personne un objet de critiques, de railleries et de calomnies de la part du peuple si un autre interprète ou porte-parole eut existé."
(Les Splendeurs.) Les Tablettes de Bahá'u'lláh

Mais l'appel divin était clair et impérieux et Bahá'u'lláh obéit. La volonté de Dieu devint sa volonté, le plaisir de Dieu son plaisir; et dans un "radieux acquiescement", il déclara:

"En vérité, je le dis: l'âme chérit et le coeur désire tout ce qui arrive dans le chemin de Dieu. Tout poison mortel est un miel savoureux et toute tribulation est une eau cristalline à boire."
(Épistle to the Sun of the Wolf, pp. 17 et 18.)

À d'autres moments, ainsi que nous l'avons dit, Bahá'u'lláh s'exprime comme la divinité. Lorsqu'il parle dans cet état, sa personnalité humaine s'efface si complètement qu'elle semble ne plus exister. À travers lui, c'est alors Dieu qui s'adresse à ses créatures, proclamant son amour pour elles, leur dévoilant ses attributs, faisant connaître sa volonté, énonçant ses lois pour les guider, sollicitant leur amour, leur loyauté et leurs services.

Dans les Écrits de Bahá'u'lláh, la parole passe souvent d'une de ces formes à l'autre. Parfois, c'est, de toute évidence, l'homme qui s'exprime, puis, sans transition, l'écriture continue à la première personne, comme si Dieu parlait Lui-même. Même lorsqu'il s'exprime en tant qu'homme, Bahá'u'lláh parle comme un messager de Dieu, comme un vivant exemple de la soumission totale à la volonté de Dieu. Sa vie entière trouve son inspiration dans le Saint-Esprit. Aussi ne peut-on faire de délimitation formelle entre les aspects divins et humains de sa vie et de ses enseignements. Dieu lui ordonne:

"Dis: On ne voit dans mon temple que le temple de Dieu, dans ma beauté que sa beauté, dans mon être que son Être et en moi-même que Lui-même, dans mon action que son action, dans mon acquiescement que son consentement et dans ma plume rien que sa plume, la puissante, la célébrée.
Dis: Il n'y a jamais eu dans mon âme que la vérité et, en moi-même, rien n'apparaît si ce n'est Dieu."
(Súriy-i-Haykal.) Les Tablettes de Bahá'u'lláh

Sa mission

La mission de Bahá'u'lláh dans ce monde est d'apporter l'unité: unité de toute l'humanité, en Dieu et par Dieu. Il dit:

De l'arbre de la connaissance, le fruit très glorieux est cette parole exaltée: "Vous êtes tous les fruits d'un seul arbre et les feuilles d'une même branche." "Que l'homme ne se glorifie pas d'aimer son pays mais plutôt d'aimer l'humanité!"

Les prophètes d'autrefois ont annoncé un âge de paix sur la terre, de bonne volonté parmi les hommes et ils ont donné leur vie pour en hâter l'avènement; mais tous, indistinctement, ont clairement affirmé que cette époque bénie ne serait atteinte qu'après la venue du Seigneur, aux derniers jours, alors que les méchants seraient jugés et les bons récompensés.

Zoroastre prédit trois mille ans de conflits avant l'avènement de sháh Bahrám, le sauveur du monde qui vaincrait Ahríman, l'esprit du mal, et qui établirait le règne de la justice et de la paix.

Moïse prédit une longue période d'exil, de persécutions, d'oppression pour les enfants d'Israël, avant que le Seigneur des armées n'apparaisse pour les rassembler parmi toutes les nations, détruisant les oppresseurs et établissant le royaume de Dieu sur terre.

Le Christ dit: "Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis point venu pour la paix mais pour l'épée" (MATTH. X, 34), et il prédit une période de guerres et de bruits de guerre, de tribulations et d'afflictions qui continuerait jusqu'à la venue du Fils de l'homme dans la gloire du Père.

Muhammad déclara que, à cause de leurs mauvaises actions, Alláh sema l'inimitié et la haine parmi les juifs et les chrétiens et que cela durerait jusqu'au jour de la résurrection, lorsqu'il apparaîtra pour les juger tous [Voir citations du Qur'án, p. 238].

D'autre part, Bahá'u'lláh annonce qu'il est le Promis de tous les prophètes, la manifestation divine d'une ère au cours de laquelle le règne de la paix sera véritablement établi. Cette déclaration est unique et sans précédent; toutefois, elle s'accorde merveilleusement avec les signes des temps et avec les prophéties de tous les autres grands prophètes. Bahá'u'lláh a révélé avec une clarté incomparable les moyens d'instaurer la paix et l'unité parmi les hommes.

Il est vrai que, depuis l'avènement de Bahá'u'lláh jusqu'à présent, la guerre a été plus dévastatrice que jamais, mais ceci n'est que l'accomplissement de ce que tous les prophètes ont annoncé comme devant advenir à l'aube du grand et terrible jour du Seigneur.

Par conséquent, les événements actuels confirment l'idée que la "venue du Seigneur" n'est pas seulement proche, mais qu'elle est déjà un fait accompli. Selon la parabole du Christ, le Seigneur du vignoble doit faire périr misérablement les mauvais intendants, avant de confier le vignoble à d'autres qui lui remettront les fruits en temps voulu. Cela ne signifie-t-il pas que, lors de la venue du Seigneur, ces gouvernements autoritaires, ces prêtres et ces mullás intolérants et cupides, ces tyrans despotiques seront voués à la destruction complète, eux qui pendant des siècles ont, comme les mauvais intendants, mal administré la terre dont ils s'appropriaient les fruits?

Il peut encore survenir des événements terribles, des calamités sans précédent sur la terre, mais Bahá'u'lláh nous affirme que "avant longtemps, ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront et que la paix suprême viendra". La guerre a acquis une si atroce puissance de destruction que l'humanité doit maintenant s'en délivrer ou périr. "Les temps sont accomplis et le Libérateur promis est arrivé!"

Ses Écrits

Les Écrits de Bahá'u'lláh forment un vaste ensemble très clair, traitant de tous les aspects de la vie humaine--individuelle et collective--des problèmes matériels et spirituels, de l'interprétation des Écritures anciennes et modernes et des anticipations prophétiques sur l'avenir le plus proche comme le plus lointain.

L'étendue et la précision de son savoir sont étonnantes. Il savait citer et expliquer les Écritures des diverses religions familières à ses correspondants et à ses interlocuteurs d'une manière convaincante et pleine d'autorité, bien qu'il semble n'avoir jamais eu l'occasion de compulser les livres auxquels il se réfère. Il déclare dans "l'Épître au fils du Loup" qu'il n'a jamais lu le Bayán bien que, dans ses propres Écrits, il fasse preuve de la connaissance et de la compréhension les plus parfaites de la révélation du Báb--le Báb, nous l'avons vu, déclara que sa révélation, le Bayán, était inspirée par "celui que Dieu doit manifester" et qu'elle émanait de lui. En dehors de la visite du professeur Browne avec qui, en l'année 1890, il eut quatre entretiens d'une durée de vingt à trente minutes chacun, jamais l'occasion de communiquer avec des penseurs occidentaux éclairés ne s'offrit à lui.

Cependant, ses Écrits révèlent une exacte compréhension des problèmes sociaux, politiques et religieux du monde occidental, et ses ennemis eux-mêmes durent admettre que sa sagesse et sa science étaient incomparables. Étant donné les circonstances bien connues de son long emprisonnement ['Abdu'l-Bahá, à qui l'on demandait si Bahá'u'lláh avait fait une étude spéciale des livres du monde occidental et avait fondé sur eux son enseignement, répondit que les livres de Bahá'u'lláh, écrits et imprimés dans les années 1870, contenaient les idéaux communs au monde occidental, alors qu'à cette époque ils n'avaient pas encore été conçus ni même envisagés en Occident], il est hors de doute que la plupart des connaissances exposées dans ses Écrits émanèrent d'une source spirituelle absolument indépendante où les moyens ordinaires d'étude ou d'instruction, livres et maîtres, n'eurent aucune part.

Parfois il écrivait en persan moderne, la langue usuelle de ses compatriotes, fréquemment mêlé d'arabe. En d'autres occasions, lorsqu'il s'adressait à des zoroastriens lettrés, il s'exprimait dans le plus pur persan classique. Il écrivait tout aussi couramment l'arabe, parfois dans un style très simple, parfois dans un style classique ressemblant à celui du Qur'án. Sa parfaite maîtrise de ces langues et de ces styles divers fut remarquable étant donné son manque complet d'études littéraires.

Dans certains de ses Écrits, la voie de la sainteté est indiquée en termes simples tels que: Ceux qui la suivront, même les insensés, ne pourront s'égarer. (ISAÏE XXXV, 8.) D'autres Écrits contiennent un tel trésor d'images poétiques, de profonde philosophie, d'allusions aux Écritures islamiques, zoroastriennes et autres, ou à la littérature et aux légendes persanes et arabes que seul un poète, un penseur, un savant peut les apprécier à leur juste valeur. D'autres encore traitent d'un stade avancé de la vie spirituelle et peuvent être compris uniquement par ceux qui sont déjà passés par les stades précédents. Les oeuvres de Bahá'u'lláh sont comme une table abondante pourvue de nourriture et de mets délicats, capables de satisfaire aux besoins et aux goûts de tous les véritables chercheurs de vérité.

C'est pour cela que sa cause trouva un écho parmi des gens lettrés et cultivés, des poètes spiritualistes et des écrivains connus. Quelques chefs soufis ou d'autres sectes ainsi que des hommes politiques, des écrivains renommés ont été attirés par ses paroles d'une beauté et d'une profondeur spirituelles tellement supérieures.

L'esprit bahá'í

De sa prison, dans le lointain 'Akká, Bahá'u'lláh secoua profondément son pays natal, la Perse, et non seulement la Perse, mais le monde entier. L'esprit qui les animait, lui et ses disciples, était inépuisablement doux, courtois, patient quoique d'une vitalité étonnante et d'un pouvoir transcendant. Il accomplissait ce qui semblait impossible. Il changeait littéralement la nature humaine. Les hommes qui se soumirent à son influence devinrent des êtres nouveaux. Ils étaient imprégnés d'un amour, d'une foi et d'un enthousiasme tels que les joies et les douleurs terrestres pesaient autant qu'un grain de poussière. Ils étaient prêts à faire face à une vie de souffrances ou à la mort violente avec une sérénité absolue, que dis-je! avec une joie radieuse, mus par la force d'une inébranlable confiance en Dieu.

Plus merveilleux encore, leur coeur débordait d'une telle joie dans cette vie nouvelle que toute pensée d'amertume ou de vengeance contre leurs oppresseurs était bannie. Même dans des cas de légitime défense, ils renoncèrent complètement à toute violence et, loin de se lamenter sur leur sort, ils se considérèrent comme les plus fortunés de tous les hommes, détenant le privilège de recueillir cette nouvelle et glorieuse révélation et de lui sacrifier leur vie ou de répandre leur sang pour témoigner de sa vérité. On comprend que leurs coeurs se soient élevés en des hymnes de joie, car ils savaient que le Dieu suprême, l'Éternel, le Bien-Aimé, leur avait parlé par des lèvres humaines, les avait appelés pour être ses serviteurs et ses amis, qu'Il était venu pour établir son royaume sur la terre et pour apporter le don inestimable de la paix à un monde épuisé par les luttes et les guerres.

Telle était la foi qu'inspirait Bahá'u'lláh. Il annonçait sa propre mission comme l'avait prédit le Báb et, grâce au labeur dévoué de son grand précurseur, une multitude d'êtres se trouvait prête à acclamer son avènement--des milliers d'hommes avaient secoué le joug des superstitions et des préjugés et, le coeur pur et l'esprit ouvert, attendaient la manifestation de gloire promise par Dieu. La pauvreté, les chaînes, les conditions sordides et l'apparente ignominie de sa vie ne parvinrent pas à leur dissimuler la gloire spirituelle de leur Seigneur; au contraire, ce sombre cadre terrestre ne fit que mieux ressortir l'éclat de sa véritable splendeur.

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